19 juin 2012

Gellert Grindelwald

GellertGrindelwald

Remettons les choses en contexte : Grindelwald, un sorcier de la génération de Dumbledore, et un de ses amis proches, s'est tourné vers la magie noire par ambition et désir de réhabiliter publiquement les sorciers aux yeux des Moldus. Lorsqu'il était au faîte de son pouvoir maléfique, Dumbledore finit par l'affronter en duel, malgré sa répugnance, et le vainquit. Grindelwald fut alors emprisonné dans sa propre prison, Nurmengard, où il croupit plusieurs dizaines d'années, vieillissant et s'émaciant avec le temps.

Grindelwald est donc un sorcier maléfique, tout comme Voldemort, qui cherchait à asseoir la supériorité des sorciers sur les Moldus et à contrôler le monde sorcier selon ses propres règles, en réunissant une armée de sorciers et faisant régner la terreur dans plusieurs pays européens, jusqu'à ce que Dumbledore l'affronte.

Cependant, plusieurs dizaines d'années plus tard, dans Harry Potter et les Reliques de la Mort, Voldemort s'infiltre dans la cellule de Grindelwald pour lui soutirer l'emplacement de l'Elder Wand (la Baguette de Sureau). Le livre décrit alors explicitement l'absence de peur qu'éprouve Grindelwald face à Voldemort, disant qu'il recherchait la mort au lieu de l'éviter. Par conséquent, il refuse de bout en bout de révéler où est l'Elder Wand, et, de rage, Voldemort le tue.
Mais dans le film, les scénaristes ont effectué un changement majeur : contrairement au livre, Grindelwald révèle l'emplacement de la baguette magique à Voldemort, qui ne le tue donc pas !

Je n'aime pas du tout ce changement entre livre et film, car cela détruit toute une chaîne causale forgée dans le livre, qui permettait au lecteur de conclure à un possible repentir de Grindelwald.

En effet, le refus de Grindelwald de révéler l'emplacement de l'Elder Wand ne peut provenir que de trois causes : 1/ la simple volonté de faire enrager Voldemort 2/ le désir de mettre Voldemort en échec 3/ celui de laisser la tombe de Dumbledore inviolée. La première cause étant superficielle, elle ne peut pas avoir motivé entièrement son attitude, alors que les deux autres révèleraient, l'une que Grindelwald a réalisé que les ambitions de Voldemort, similaires à celles qu'il eut, sont mauvaises, et donc qu'il regrette peut-être de les avoir poursuivies. L'autre, que Grindelwald aurait conservé, malgré leur opposition, de l'amitié et du respect pour Dumbledore, et par extension pencherait plus vers la position idéologique de Dumbledore que celle de Voldemort.
En bref, les deux implications sont que : soit Grindelwald a idéologiquement basculé du côté de Dumbledore, ce qui le pousse à soutenir ce dernier face à Voldemort; soit Grindelwald estime Dumbledore plus hautement que Voldemort, et prend donc le parti idéologique du premier contre le second. Prise de conscience morale de ses atrocités ou loyauté envers un ancien ami, et courage face à la mort; des motifs très moraux, qui permettent à JK Rowling de réhabiliter Grindelwald post mortem dans l'esprit du lecteur, et de rendre moins incompréhensible l'attachement que lui portait Dumbledore.

Mais supprimer ce revirement tacite de Grindelwald, c'est le placer au même rang que Voldemort, voire pire : un sorcier maléfique déjà vaincu, qui ne revient toujours pas sur ses atrocités, jusqu'à aider comme il peut son successeur dans la magie noire... C'est en faire un méchant qui le reste jusqu'au bout, sans revirement ni repentir, et qui reste vivant parce qu'il craint la mort, mais dans une vie misérable à laquelle il se raccroche et se réduit... C'est en faire une loque malsaine, car vaincue mais toujours mauvaise, dont l'existence se réduit à pourrir lentement et à donner un indice à Voldemort.
C'est aussi par extension laisser ternie l'image de Dumbledore, à cause de son ancienne amitié avec Grindelwald, alors que l'objectif de JK Rowling dans ce dernier livre est clairement de réhabiliter définitivement Dumbledore, en le rendant certes humain et faillible, mais toujours bon, toujours animé par le désir de justice et d'humanité. Or, qu'est-ce qui prouverait mieux cette humanité qu'une grosse erreur de jugement de la part de Dumbledore envers Grindelwald, évidente durant plusieurs années, qui devient soudain ambiguë à la fin ? Parce que Dumbledore aurait toujours vu du bien en Grindelwald au mépris de tous, un sens moral qui existe bel et bien au fond de lui, même s'il ne se dévoilera qu'à la mort de ce dernier.

Je paraîtrai peut-être trop humaniste, trop convaincue de la bonté humaine, en prenant ce parti, mais je préfère nettement la version du livre à celle du film. Voldemort est le seul méchant qui mourra sans remords et sans pitié, vrai grand méchant de la série de bout en bout; mais si Rogue, détesté par tous jusqu'à la fin, peut être si brillamment réhabilité après n'avoir eu que Dumbledore comme soutien obstiné pendant toutes ces années, et aux dépens de son meurtre (!), pourquoi pas Grindelwald ?

Libre à vous de prendre position; à mon sens celle de Rowling est claire en tout cas, au vu de ce dialogue des Reliques de la Mort :

Harry Potter: "Grindelwald tried to stop Voldemort going after the wand. He lied, you know, pretended he had never had it."
Albus Dumbledore: "They say he showed remorse in later years, alone in his cell at Nurmengard. I hope that is true. I would like to think that he did feel the horror and shame of what he had done. Perhaps that lie to Voldemort was his attempt to make amends . . . to prevent Voldemort from taking the Hallow . . ."
Harry Potter: ". . .or maybe from breaking into your tomb?"

Young_Grindelwald

Posté par Fantomiald à 04:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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