25 janvier 2010

Homo khâgnensis

Gaffiotmontre

Je me rappellerai...

Comment apprivoiser son Gaffiot, en quatre actes.

En hypo : Zéro. Ca progresse mademoiselle, ça progresse... A ce rythme, vous pouvez même atteindre 1 à la fin de l'année. Qui sait ? (Ca fait toujours plaisir, les encouragements. Ducon.)
Dernière version de l'année : Six. Vous m'étonnez, mademoiselle, vous m'étonnez. Parcelle après parcelle, vous grignotez. Et vous aimez le grignotage, on dirait. (Mais oui, mon signe chinois c'est le hamster. Vous saviez pas ?)

En carré : Moins 120 points, mademoiselle, un carnage. Mais vous échappez d'un cheveu à la boucherie. (Bien trouvé comme métaphore. En somme, si je recommence j'y laisse ma tête, c'est ça ?)
Dernière version de l'année : Deux. Vous avez surmonté les affres de la négativité. Un bon augure ? Disons une infime lueur d'espoir à l'horizon du champ de bataille crépusculaire. (Merci monsieur. Non vraiment, ça fait chaud au cœur.)

En cube : Huit. Votre changement d'option fut bénéfique, il faut croire. J'ose même espérer que votre remontée des abysses sera durable. Que vous irez jusqu'à sortir la tête de l'eau. (Ah tiens, je ne savais pas qu'on pouvait tenir 3 ans en apnée ?)
Dernière version de l'année : Neuf. Une constance méritoire. Vous y êtes presque. (Ah ? Dommage monsieur, c'était la dernière avant le concours. Sans rancune, hein.)

En bica : Quatorze. Sans mentir, mademoiselle : bravo, vraiment. Vous revenez de loin. (Ho, ho, ho. Monsieur, vous êtes un sacré petit rigolo. Mais finalement, je crois qu'on va finir par s'entendre, vous et moi.)
Dernière version de l'année : Dix. Oh, on se fait des vacances avant le concours ? Remarquez, vous les avez méritées. (Ouais. Même que c'est vous qui me les avez conseillées, m'sieur. Quand je vous disais qu'on allait s'entendre.)

- T'en as fiché combien ? - 100 pages, et toi ? - 120, je tiens le rythme. - Ah ouais, tu vises lundi prochain en fait, pour le boucler ? - Nan, samedi. Le vendredi, je pousse à 200, j'ai pas anglais. - Putain, t'es verni !

Le vendredi midi, où je fais le compte de tout ce que j'ai la semaine prochaine. Lundi, version d'anglais. Mardi, dissert de français à rendre. Mercredi, version de latin. Jeudi, commentaire de lettres modernes. Vendredi, colle d'histoire. Je vais mourir.
Ah non, je vais pas mourir. Y'a pas devoir samedi. Ouaiiiiiiis, un weekend complet pour bosser !

Et merde. Je savais tout. Les droites en France, la gauche en France, Vichy, l'économie française, l'après-guerre, la IVe République politique, sociale, culturelle, TOUT. J'ai juste oublié les dates de naissance et de mort de Pierre Mendès-France. JUSTE Pierre Mendès-France. Je savais tout le reste. Alors, POURQUOI je tombe PILE sur ce sujet ? Pourquoi ? Pourquoiiii ?

T'as ton Gaffiot ? Oui. Ton Bailly ? Oui. Ton Budé ? Oui. Le Touchard ? Oui. La Phénoménologie de l'Esprit ?  Oui. ... Raaaaaah j'ai oublié le Grévisse !
Nooooon... Mon weekend est FOUTU !

C'est la combientième version d'anglais, celle-là ? La 13, ou la 14 ? Je confonds avec les versions de latin... Ah ben non, c'est pas possible, on est en avril, avec le concours blanc ça peut être que la 16e...

La pile de livres "A ficher" haute de trois mètres, à côté d'un espace vide "Fiché". Et l'inversion totale des deux piles en l'espace d'un mois. Enfin, pendant quelques brefs instants triomphaux, le dernier jour du mois. Avant que n'arrivent les nouvelles bibliographies le lendemain. Et une fournée de 5 000 pages de plus, une.

"-Vingt minutes, mademoiselle. Je vous écoute." Bon. Lire le libellé du sujet. Lentement. Leeeentement. "- Pour-qui-se-prend-t-onnn ?" Voilà, 20 secondes de gagnées. Et maintenant, euh hum bah tss ben ahem *koff-koff*... Ben, écoutez, hein, on se prend pour ce qu'on peut. Genre, là je me prends pour un pauvre khâgneux qui a réfléchi tout ce qu'il a pu. Qui a REFLECHI, putain. Mais qui, depuis une heure, n'a RIEN pu faire d'autre que se liquéfier de sueur devant ce putain de sujet, goutte après goutte, et qui va se mettre à brailler dans deux secondes, si vous continuez à le désintégrer à petit feu avec ce regard dédaigneux du Dieu de la philosophie. Oui, là, tout de suite.

La triade ultime du weekend : 7H30-13H /14H-19H / 19H30-23H. Les intervalles servant à manger et dormir. Et on recommence le lendemain.

Wohlala, c'est plus possible là, faut que je vide ma chemise sinon elle va péter. Y'a au moins 15 cm de notes là. Ah non, 10 seulement ? On est mercredi ? Boh, allez, ça tiendra peut-être jusqu'à vendredi...

J'ai perdu le compte, j'ai fait combien de pages ? Putain, seulement 15, en une heure ? Faut que j'arrête de glander, là. Je DOIS avoir fini ces 250 pages pour demain. Parce que demain, j'en ai 300 à faire. Et 350, nan, ça va pas le faire, j'aurai pas le temps de tout relire avant le devoir du surlendemain.

... Vous savez quoi ? Mettez-moi ce foutu 1, et qu'on en finisse. Arrêtez de me contempler avec vos yeux de chien noyé. Vous voyez bien que j'y comprends RIEN à ce "Quod in... fuit". Alors DONNEZ-MOI CE PUTAIN DE SENS, au lieu de me regarder tranquillement m'enfoncer dans cette putain de mouise sallustienne. Puisque je vous dis que je-ne-sais-pas. Je ne sais PAS. NON. Sadique. Vous êtes un sadique. Mettez-moi ce 1, et qu'on n'en parle plus. Puisque je vous dis que je ne SAIS PAS. ET ARRÊTEZ DE ME REGARDER COMME CA !

Six heures de devoir, putain. Et le pire, c'est que c'est TOUJOURS trop court, en fait.
- Bah, t'as qu'à sauter la pause-bouffe.
- Quelle pause-bouffe ?
Je ne connais que les pauses-chiottes. Et encore, 3 minutes chrono, pas plus. Sinon je me retiens. (Si.)


- Tu fais quoi ce weekend ?
- Bah, facile : lever à 7H, coucher à 23H30.
- Non mais d'accord, mais tu fais quoi entre les deux ?
- Ben je bosse.
- Tu bosses ? De 7H à 23H30 ?? Nan mais, la blague. Il faut bien que tu te laves, que tu t'habilles, que tu bouffes ? Elle est bonne, celle-là, elle veut nous faire croire que la khâgne, c'est le baaaagne...
- Nan, t'as pas compris. Je travaille en me lavant. Je travaille en m'habillant. Je travaille en bouffant.
- Gennnnre...
- Genre, réciter des vers de Racine de tête, pendant la douche. Refaire mes conjugaisons latines pendant la bouffe. Limite, je pourrais faire mes versions en dormant, puisque je rêve en latin, ou en anglais, au choix.
- ...
- Eh oui monsieur le péteux, la khâgne, c'est pas le bagne. C'est pire.

Pourquoi ce putain de Stabilo me lâche toujours après dix-neuf chapitres ? Je veux dire, ce n'est QUE dix-neuf chapitres. Il pourrait au moins tenir vingt chapitres. Vingt chapitres, c'est pas la mer à boire, quoi. Bon tant pis, on passe au vert. Pff, tous de la camelote. Va falloir que j'aille en racheter un stock, j'en ai plus que 3, ça tiendra pas la semaine.

Trois chapitres d'un bouquin de philo. Puis cinq chapitres d'un bouquin d'histoire. Puis dix pages de vocabulaire latin. Dix pages de vocabulaire anglais. Un bouquin de lettres (bah, 200 pages, ça va vite hein, quand faut juste lire). Trois chapitres de critique littéraire. Un commentaire de lettres modernes. Et on recommence pour un tour....
Ah, merde, il fait déjà nuit ? Bordel, et mon petit latin !

Je me rappelle... et je sais que je ne regretterai jamais ces quatre années, et tout ce que j'y ai appris.
Je ne regretterai jamais d'avoir été khâgneux.
Je ne regretterai jamais d'avoir été bica.
Et je ne regretterai surtout pas de ne PAS avoir été Normalien.

potpourrilivres


 

Posté par Fantomiald à 17:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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